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Message SF2A No 917 - 28/12/20


Message SF2A No 917 - 28/12/20

1. Disparition de Paul Felenbok

1. Disparition de Paul Felenbok

C’est avec une immense tristesse que nous apprenons le décès de Paul Felenbok, survenu le mardi 22 décembre 2020, à l’âge de 84 ans.

Paul, né à Varsovie peu avant la 2ème guerre mondiale, a vécu enfant dans le ghetto, dont il s’est enfui par les égouts avec sa famille en 1943, juste avant la tragique insurrection. Il avait alors seulement 7 ans. Après la mort de ses deux parents pendant cette fuite, il poursuit son périple vers le sud-est de la Pologne avec son frère aîné.

Arrivé en France à 10 ans, en 1946, il mène des études un peu chaotiques de maison d’enfants en internat, obtient son bac puis une bourse d’études supérieures qui lui permet de s’inscrire à la Sorbonne. Après une licence de physique et un certificat de mécanique des fluides, il rejoint l’Observatoire de Paris à Meudon pour y préparer une thèse de 3ème cycle. Recruté au CNRS en 1960, il part ensuite un an à l’Université de Berkeley, puis, de retour à Meudon, passe en 1963 sa thèse d’Etat en physique moléculaire théorique et expérimentale appliquée à l’astronomie. Il change alors de statut pour devenir astronome à l’Observatoire de Paris, statut qu’il gardera jusqu’à son départ à la retraite en 2004.

Paul Felenbok, expert en spectroscopie, était avant tout un instrumentaliste de génie, vif et passionné, extraordinairement inventif. On lui doit, parmi de nombreuses autres réalisations, des avancées majeures en spectroscopie et en astronomie :

- Le développement visionnaire de la spectroscopie UV sous vide en laboratoire dans les années 70, fournissant des données qui allaient devenir indispensables aux futures missions spatiales.

- Une version nouvelle et totalement innovante de la caméra électronique de Lallemand, dite « à vanne », permettant de retirer et changer les plaques nucléaires sans casser le vide dans le compartiment de la cellule photosensible. Une évolution essentielle qui aurait dû offrir une longue vie à la caméra électronique si elle n’avait pas été rapidement détrônée par les détecteurs CCD.

- L’introduction en France de la spectroscopie à fibre optique, avec notamment le développement dans les années 80 du spectrographe mobile ISIS à l’OHP (qu’il aimait transporter lui-même dans le coffre de sa petite Talbot Samba).

- Puis de la spectroscopie multi-objets dans les années 90, avec des projets comme MEFOS ou FUEGOS à l’ESO.

Il a aussi largement inspiré et soutenu le développement du réseau multi-sites de spectroscopie MUSICOS et participé au développement du CFHT, notamment avec le spectrographe MOS-SIS.

Il a toujours eu le souci de transmettre son savoir et son expérience. Peuvent en témoigner les nombreux étudiants qu’il a formés et pour lesquels il s’est dépensé sans compter. Il accordait également une grande importance au contact avec le public et à la vulgarisation, comme il l’a démontré en de nombreuses occasions et notamment en prenant la responsabilité de l’unité de communication (UNICOM) de l’Observatoire de Paris au début des années 2000.

Paul était un pionnier et il avait repéré dès le début des années 70 les qualités astronomiques remarquables du site de Château-Renard au dessus de St-Véran dans le Queyras, envisagé un temps pour y accueillir le télescope de 3.60m en projet. Sous son impulsion, c’est un petit observatoire abritant un coronographe solaire qui y sera installé et qui fonctionnera une demi-douzaine d’années. Paul oeuvrera ensuite pour que cet observatoire soit mis à la disposition des astronomes amateurs qui l’exploitent depuis près de 30 ans, puis pour qu’il soit entièrement rénové. Il a ensuite développé « la Maison du Soleil », dans le village de St-Véran, centre d’accueil du public qui abrite notamment le spectrographe très haute résolution Sharmor prêté par l’Observatoire de Paris.

Nous sommes très nombreux à lui devoir beaucoup et à perdre avec Paul un collègue cher, un mentor, un ami. La communauté astronomique, elle, perd un grand astronome. C’était un homme extraordinaire, d’une intelligence pétillante, fourmillant d’idées. C’était aussi un meneur, un fonceur, solide et pragmatique, rapide et direct. Sa passion et son enthousiasme pour l’astronomie et l’instrumentation étaient communicatifs. Et en même temps un homme profondément bon, humain, généreux, toujours à l’écoute, toujours prêt à se mettre en quatre pour les autres.

Paul avait réussi à surmonter son enfance tragique, dont il ne parlait presque jamais, pour se construire une personnalité extraordinairement humaine et attachante. Il y a seulement quelques années, convaincu par sa fille Véronique, il avait finalement accepté de confier ses souvenirs à un écrivain et metteur en scène, David Lescot. Cela a conduit à une pièce de théâtre bouleversante, « Ceux qui restent ».

Toutes nos pensées attristées vont à son épouse Betty, ainsi qu’à leurs deux filles Véronique et Isabelle et à leurs familles.

Transmis par Claude Catala

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